Caustique, provocateur, revendiquant son mauvais goût, Coluche n'en est pas moins devenu l'un des comiques les plus appréciés des français. Auteur de sketchs universellement connus comme
"C'est l'histoire d'un mec" ou encore le "
Clochard analphabète", l'homme à la salopette fut aussi l'interprète tragique de Tchao Pantin mais surtout le fondateur
des Restos du C½ur. Toujours porté vers de nouvelles expériences,
il osa défier les politiques en 1981, sut passer du cabaret au cinéma, du sketch à la chanson, de la radio à la télé jusqu'au jour où le destin en décida autrement.
"Je ne suis pas un nouveau riche, je suis un ancien pauvre"
Michel Colucci naît le 28 octobre 1944 dans une modeste famille italienne installée dans le XIVème arrondissement de Paris. Son père meurt prématurément et le laisse orphelin à l'âge de trois ans. Vivant chichement sans tomber dans la misère, le jeune Michel n'est guère enthousiasmé par l'école et préfère vadrouiller dans les quartiers populaires.
Malgré ses dénégations et son ironie sur l'école « primaire », il obtient son certificat d'étude. Puis, à partir de quinze ans, il enchaîne les petits boulots : manutentionnaire, télégraphiste, serveur, fleuriste...Mais l'adolescent lorgne vers l'art et se construit sa propre guitare. Elle pèse trop lourd pour qu'il puisse la soulever sans difficulté et elle sonne faux. Peu importe, Coluche apprend à jouer et à chanter à la hauteur de ses moyens financiers. Quant au service militaire, il n'interrompra pas longtemps sa vie parisienne : l'armée, ne tolérant plus son indiscipline, le renverra rapidement.
Des premiers pas au Vrai chic parisien
Plutôt instable, Coluche rêve de fuir la triste vie ouvrière pour chanter dans les cabarets. Après avoir fait ses armes au « Vieux bistrot », il se présente « Chez Bernadette ». Il commence par y faire la plonge puis chante. Il y trouve aussi son surnom : Coluche.
A 23 ans, il est repéré par Romain Bouteille qui l'emmène dans le
« Café de la Gare ». Bouteille veut créé un espace d'un nouveau genre avec de nouveau talent. C'est ainsi que Coluche côtoie Dewaere, Miou-Miou, Depardieu ou encore Renaud. Mais il souhaite rapidement diriger sa propre troupe :
c'est ainsi qu'il fonde « Le vrai Chic Parisien ». Il monte « Thérèse est triste » et fait la première partie de Dick Rivers.
"C'est l'histoire d'un mec..."
Confiant en ses chances et fatigué par le travail en troupe, Coluche décide en 1974 de partir en solitaire. Entre deux spots publicitaires, il monte son one man show « Mes adieux au Music hall » et fait salle comble.
Parallèlement, il met en scène, joue dans quelques films et se lie d'amitié avec l'équipe d'Hara-Kiri. Il enchaîne rapidement les plateaux télé tandis que son sketch « C'est l'histoire d'un mec... » fait rire toute la France. Quant au 45 tours
« Le Schmilblick », il fait un carton durant l'été 1975.
Coopérant dans
L'Aile ou la cuisse avec Louis de Funès, Coluche réalise son premier film en 1977 et a rapidement son émission sur Europe 1.
Du rire aux larmes
Au sommet de sa gloire, Coluche est fatigué des tournages et des tournées. Après un échec sur RMC, il a le sentiment d'être censuré. Le 26 octobre 1980, il crée la surprise en annonçant publiquement sa candidature aux présidentielles de 1981. Soutenu par Hara-Kiri, il se veut le candidat des minorités.
Le présidentiable « Bleu Blanc Merde » amuse alors et semble secouer le terrain politique, avec un score de 16% dans les sondages. Mais la blague agace rapidement les milieux politiques. Victime selon lui d'ostracisme médiatique, Coluche annonce une grève de la faim, puis met un terme à l'aventure en février.
C'est le début d'une époque douloureuse marquée par la drogue, un divorce et la mort de deux grands amis : Patrick Dewaere et Reiser. C'est au cours de cette période difficile qu'il tourne dans Tchao Pantin. L'interprétation lui rapporte alors le César du meilleur acteur.
Un second souffle
Progressivement, Coluche sort du gouffre et se lance dans de nouvelles passions. Après une participation au Paris-Dakar, il bat le record du monde de vitesse à moto. Mais son véritable combat le rapproche à nouveau du terrain politique. Après avoir manifesté contre le racisme, il dénonce la précarité qui demeure dans les classes populaires et fonde les « Restos du C½ur ». La nécessité des restos est rapidement démontrée... Coluche propose une loi favorisant les dons en les déduisant des impôts.
Mais le trajet de Coluche s'interrompt brusquement au détour d'une petite route des Alpes-Maritimes le 19 juin 1986. Alors qu'il rentre à Opio, d'où il prépare son prochain spectacle, il ne peut éviter un camion manoeuvrant à la sortie d'un virage. Malgré les rumeurs, il roulait apparemment à une vitesse raisonnable et avec son casque. Il meurt toutefois sur le coup.
Coluche s'éteint prématurément après avoir traversé le paysage médiatique français. Mû par la volonté de toujours aller plus en avant, il devient le symbole d'une génération qui mêle générosité et humour acide.
Renaud chante pour lui « Putain de camion » tandis qu'en 1988, le parlement redonne une dimension politique à l'ancien candidat : il
vote la « loi Coluche » qui exonère d'impôts les sommes versées à une organisation caritative.
LOI COLUCHE
Pour les sommes versées en 2006 (à déclarer en 2007), vous pouvez désormais bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu correspondant à 75% de votre don, avec un plafond de 479 ¤uros. Au-delà, et dans la limite de 20% de vos revenus imposables, la déduction est encore de 66%. Si vous dépassez cette limite, l'excédent vous donnera droit à un crédit d'impôt sur les cinq années suivantes.
Par exemple :
Lorsque vous donnez: Il ne vous en coûtera que: Vous déduirez de vos impôts:
25¤ 6.25¤ 18.75¤
75¤ 18.75¤ 56.25¤
150¤ 37.50¤ 112.50¤
500¤ 126.90¤ 373.10¤
Historique:
Peu de temps après avoir
lancé les Restos du C½ur, Coluche s'est avisé que les plus nombreux donateurs étaient ceux dont les revenus étaient les plus bas. Or, rien ne les avantageait fiscalement puisque la seule possibilité de déduire de son revenu imposable les dons faits à des associations était proportionnelle et ne concernait donc que les gros revenus. Une injustice de plus !
Coluche a décidé de faire étudier le problème par des fiscalistes, et a lancé son idée au cours d'une émission télévisée
réalisée en janvier 1986 sur TF1, quelques mois avant les élections législatives de décembre. Il proposait une disposition fiscale permettant à tous les particuliers de déduire de leurs impôts 70% d'un don plafonné à 1000 F. Il souhaitait que l'Etat prenne une part active dans le règlement de problèmes qui le concernent en assumant au moins la moitié des petits dons faits par les particuliers. Tous les leaders politiques, de la gauche à la droite, l'ont alors assuré de leur soutien à cette proposition de loi.
Malheureusement, un 19 juin fatal a privé, entre autres, les partisans de ce texte de leur principal aiguillon... et un nouveau gouvernement a oublié les engagements du précédent.
Le président François Mitterrand a donné sa parole à Véronique Colucci, présidente de l'association en 1988, qu'aussitôt qu'il en aurait les moyens, il ferait voter ce texte. Et en effet, parmi les premières mesures prises par le nouveau Ministre du Budget, Michel Charasse, fut inscrit dans la Loi de Finances 1989, un texte proche de celui initialement proposé par Coluche. Et c'est à l'unanimité du Parlement que, le 20 Octobre 1988, fut votée la Loi Coluche !
Ce texte stipule que les "versements affectés à la fourniture en France de repas à des personnes en difficultés ouvrent droit à 50% du montant de ces versements pris dans la limite de 400 F". Depuis cette date, plusieurs ministres du Budget ont élevé le plafond autorisé pour déduire les dons du montant de l'impôt.
Si l'accouchement en fut différé, la loi Coluche (ou, plus hermétiquement l'article 238 bis du Code Général des Impôts) compte, à présent, des supporters de tous les bords. Alain Juppé a eu l'occasion de déclarer sur les ondes de RTL que l'un de ses regrets était de n'avoir pas fait adopter cette loi du temps où il était le ministre chargé du Budget, tandis que Nicolas Sarkozy a fait passer le plafond de 600 F à 1000 F.
Menacé durant cinq mois par le vote de la loi sur le mécénat en août 2003, cet avantage fiscal a été conforté et renforcé par les votes unanimes de l'Assemblée Nationale et du Sénat, faisant suite à une forte mobilisation des Restos du Coeur.
Comme le répondait Coluche à certains qui s'inquiétaient qu'il leur fasse de l'ombre : "Mais non ! Je vais vous faire du soleil !".